Sir Ian Gilmore appelle à une révision des lois sur les stupéfiants

Traduction d'un article publié par BBC News le 17 août 2010. Lien en bas de page.

Sir Ian Gilmore, président sortant du Collège Royal de Médecine, déclare que la décriminalisation des drogues peut améliorer la santé publique et drastiquement réduire la criminalité.


[Grande-Bretagne] Sir Ian Gilmore a déclaré que les lois sur les drogues devraient être corrigées, et que l'approvisionnement de stupéfiants devrait être régulé.

Il dit avoir formé son opinion après avoir observé par lui même, chez ses patients, les problèmes causés par des seringues sales, et les problèmes causés par des drogues contaminées.

Le gouvernement a déclaré ne pas croire en cette approche.

Dans un e-mail de départ, envoyé aux 25,000 membres du Collège Royal de médecine, dans lequel Sir Ian dit avoir exprimé ses propres opinions plutôt que celles du Collège Royal, il écrit qu'il souhaite finir sa présidence sur une «note polémique.»

Il a soutenu un article récent du British Medical Journal, par Stephen Rolles du think tank Transform Drug Policy Foundation, dans lequel ce dernier argumente que la prohibition des stupéfiants nuis à la santé publique, encourage le crime organisé, et alimente la corruption.

Sir Ian a déclaré à la BBC: «Tous ceux qui ont regardé ce problème d'une manière sérieuse et soutenue concluent que la politique actuelle d'interdiction n'est pas une réussite.»

«Il existe des arguments très forts à revisiter.»

Sir Ian a dit qu'il avait un intérêt de longue date dans le sujet, issu de son travail en tant que spécialiste du foie.

«Chaque jour dans nos salles d'hôpital, nous voyons des toxicomanes atteints d'infections dues à des aiguilles sales, nous voyons les héroïnomanes avec des complications dues à des drogues contaminées,» dit-il.

Il fait valoir que nombre de problèmes observés par le personnel de santé ne sont pas les conséquences de l'héroïne, mais de son interdiction.

Dans son e-mail, Sir Ian écrit: «Je supporte personnellement le président du Conseil de l'Ordre des avocats du Royaume-Uni, Nicholas Green, QC, quand il appelle à un ré-examen des lois sur les drogues en vue de la dépénalisation des stupéfiants. Cela pourrait considérablement réduire la criminalité et améliorer la santé,» écrit-il.

Dans son récent rapport au Conseil de l'Ordre, M. Green a dit qu'il y a des preuves de plus en plus fortes que la dépénalisation de l'usage personnel de stupéfiants pourrait libérer des ressources de la police, réduire la criminalité et améliorer la santé publique.

M. Rolles - dont le récent article du BMJ a été cité par Sir Ian dans son e-mail - a déclaré à BBC Radio 4 que leurs arguments ont été construits sur «une critique de l'échec des 40 ou 50 dernière années».

Il déclare que le système pénal d'interdiction des stupéfiants produit des effets inverses à ses objectifs.

«L'interdiction n'a pas réduit la consommation de drogues, elle n'a pas diminué la disponibilité des stupéfiants, mais elle a créé toute une série de problèmes secondaires liés au marché illégal, y compris rendre les drogues plus dangereuses qu'elles ne sont déjà, l'interdiction des stupéfiants nuit à la santé publique, et alimente le crime.»

«Cela suscite un débat sur ce que les approches alternatives sont, et ce que nous demandons est l'offre et la production réglementée par la loi.»

«Ceux qui ont trouvé une telle proposition difficile à digérer besoin d'accepter la réalité concrète: la demande de stupéfiants existe toujours.»

«[Cette] demande sera satisfaite d'une manière ou d'une autre, et nous avons le choix - on peut soit laisser l'offre dans les mains des pires personnes possible - le marché illégal contrôlé par les profiteurs et les criminels - ou nous pouvons le contrôler par les autorités appropriées de façon à réduire les dommages que la drogue cause.»

Il appelle le gouvernement à examiner les preuves, et à évaluer la politique actuelle par rapport aux autres solutions, au lieu de suivre la politique traditionnelle «d'épater la galerie et prendre une posture morale qui a caractérisé la politique de la drogue au cours des dernières décennies.»

Dans un communiqué, le Collège Royal de Médecine a déclaré qu'un rapport commun, en 2000, avec le Collège Royal des Psychiatres avait appelé à un investissement beaucoup plus important dans la recherche et les programmes de traitement.

Le Collège Royal de Médecine a déclaré qu'il espérait passer en revue les conclusions du rapport sous son nouveau président, Sir Richard Thompson.

Un porte-parole du ministère de l'Intérieur a déclaré: «Les drogues comme l'héroïne, la cocaïne et le cannabis sont extrêmement dangereuses et peuvent causer des misères aux communautés à travers le pays. Le gouvernement ne croit pas que la décriminalisation est la bonne approche. Nos priorités sont claires: nous voulons réduire la consommation de drogues, lutter contre la criminalité liée à la drogue et le désordre et aider les toxicomanes à décrocher pour de bon.» [note: peu importe, semble-t-il, qu'aucun des objectifs annoncés n'ait jamais été approché par la prohibition des stupéfiants.]


Article original: http://www.bbc.co.uk/news/health-10990921


Autres liens dans cette page:  
An alternative to the war on drugs (British medical journal)
Collège Royal de Médecine (Wikipedia)


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