Le nouveau président colombien rejoint les appels à la légalisation

Traduction d'un article de Phillip Smith, publié par StopTheDrugWar.org le 27 août 2010. Lien en bas de page.



Le président colombien Juan Manuel Santos a déclaré dans une interview à la radio mexicaine, ce mercredi, qu'il soutient l'appel du président mexicain Felipe Calderon à un débat sur la légalisation des drogues. Il a également déclaré qu'il cherchera à bâtir un front uni avec le Pérou et le Mexique sur la légalisation si les électeurs en Californie approuvent la légalisation du cannabis en novembre.

La Colombie et le Pérou sont les plus importants producteurs de cocaïne au monde. Le Mexique est le premier producteur de cannabis et d'opium dans cet hémisphère, et ce pays est le point d'attache pour certains des gangs de la drogue les plus violents et riches au monde.

«Nous entrons dans une ère du trafic de drogues ou chacun doit avoir ce type de réflexion,» déclare Santos. «Le Présidend Calderon [note: président actuel du Mexique] a raison d'appeler à cette discussion, sans présupposer être en accord ou pas avec le choix de la légalisation.»

Santos fait référence à la proposition de légalisation du cannabis en Californie avec un sentiment partagé. «Comment pourriez-vous expliquer à quelqu'un dans la montagne colombienne que cultiver du cannabis est illégal, détruire sa récolte et peut l'amener en prison quand c'est légal de le consommer aux États–Unis.»

Santos se dit troublé par la distinction faite par certains aux États-Unis entre les drogues «douces» comme le cannabis et les drogues «dures» comme la cocaïne ou l'héroïne. «Où allons-nous placer le curseur?» a-t-il demandé.

«Nous sommes tous touchés par le fléau du trafic de drogue,» a dit Santos, se référant à la Colombie, au Mexique et au Pérou. «Nous devons nous poser et travailler sur la façon dont nous allons réagir et sur ce qui va se passer après ce référendum,» a-t-il dit. «Toutes les stratégies sont plus efficaces quand elles sont combinées.»

La Colombie ne peut pas légaliser le commerce de la drogue par elle-même, a déclaré Santos. «Unilatéralement, nous ne pouvons pas légaliser les drogues, car cela constitue un problème non seulement pour la sécurité nationale, mais il ya aussi des implications internationales.»

Que le président Santos fasse de telles remarques n'est pas une surprise. En 1998, à la tête de la Good Government Foundation, il a cosigné une lettre ouverte au secrétaire général de l'ONU d'alors, Kofi Annan, appelant à une «évaluation franche et honnête de la lutte mondiale contre la drogue», car «nous croyons que la guerre mondiale contre la drogue cause maintenant plus de tort que l'abus de drogues lui-même.»

Et il y a deux ans, il a déclaré lors d'une conférence à Londres sur la cocaïne que la légalisation devrait faire partie du débat. Il dit alors qu'il n'y avait pas à l'époque de volonté politique de le faire. Le temps nous dira si quelque chose a vraiment changé à cet égard.


Drogue : La prohibition ne sert à rien


Très bonne interview du docteur William Lovenstein, spécialiste des addictions. Presque tous les sujets importants sont abordés: danger médical des drogues licites et illicites, échec de la politique de prohibition, rapports entre drogues et société. 


 

L'Allemagne autorise le cannabis médical : où en sont les autres ?

Libre par Design, 24 août 2010.

LA RÉCENTE DÉCISION du ministre de la santé allemand, Philipp Rösler—sur proposition du Parti Libéral-Démocrate, le FDP—d'autoriser l'usage du cannabis à des fins médicales, montre que les politiques de santé publique continuent à évoluer dans de nombreux pays européens. 

(Il est regrettable de constater qu'au même moment la France se replie au contraire sur une position désuète aux conséquences négatives pour la santé publique. Cela sera le sujet d'une prochaine chronique.)

Au chapitre des avancées : les essais cliniques des médicaments issus du cannabis, qu'ils soient de synthèse—Dronabinol et Nabilone, commercialisés respectivement sous le nom de Marinol et Cesamet—ou extrait naturellement par la compagnie britannique GW Pharmaceuticals et commercialisé sous le nom de Sativex, mènent à leur adoption progressive en Europe aussi bien qu'en Amérique du Nord.

Encore plus remarquable, le cannabis médical sous sa forme naturelle, florale, est également de plus en plus accepté. Le cout relativement faible du cannabis floral comparé aux alternatives de l'industrie pharmaceutique semble éveiller l'intérêt de certains pays développés, ou les dépenses de santé causent fréquemment des problèmes budgétaires, à quoi s'ajoute la crise économique.

Si la violence du marché des drogues illicites est avant tout sociale en Europe, les horreurs—le terme est juste—vécues dans les pays producteurs les poussent également à envisager de nouvelles approches. De l'aveu même de l'ancien président Colombien César Gaviria, «
la Colombie a mis en œuvre toutes les mesures envisageables pour lutter contre le trafic de drogue, dans un effort massif où les gains ne sont pas proportionnels aux ressources investies.»

La proximité des USA avec ce théâtre de violence y provoque depuis peu un débat public sur le bien fondé de la prohibition des stupéfiants, et en particulier du cannabis qui représente à lui seul plus de la moitié des profits des cartels.

La Californie, déjà en tête en 1996 avec la légalisation de l'usage du cannabis à fins médicales, est encore aux avant-postes de cette évolution dans les approches et les mentalités. Un vote d'initiative populaire aura lieu en novembre, en vue d'autoriser la vente et la consommation de cannabis par les adultes. La mesure est soutenue par de nombreuses organisations civiles, parmi lesquelles des syndicats, et l'opinion publique californienne semble équitablement partagée

Le débat est vif et ne fait que s'amplifier. Entre 2010 et 2012, de nouvelles initiatives vont être proposées entre autres en Arizona, Oregon, Colorado et au Dakota du Sud. Et si l'initiative californienne échoue, elle pourrait de nouveau se retrouver sur les bulletins de vote dès 2012. 


En Europe, c'est la Suisse qui devrait être le prochain pays à faire évoluer sa politique des drogues et de santé publique, en légalisant le cannabis médical dès 2011.


Statut légal du cannabis en Europe (carte adaptée par Libre par Design)


Statut légal du cannabis aux USA (carte adaptée par Libre par Design)



Carte du statut légal du cannabis en Europe, sources:

Carte du statut légal du cannabis aux USA, sources: 

Autres liens dans cet article:

Toxicomanie : il est urgent de moderniser la législation



A lire, un très bon article de Jean Pierre Couteron et Alain Morel publié par Le Monde:


«La cacophonie politique conclue par une fin de non-recevoir des services du premier ministre à la demande d'expérimentation de salles de consommation de drogues est l'illustration de l'impasse dans laquelle se trouve la politique française en matière d'addictions. (...)»


Lire la suite: http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/08/18/toxicomanie-il-est-urgent-de-moderniser-la-legislation_1400131_3232.html


Des mêmes auteurs: http://www.dunod.com/sciences-sociales-humaines/psychologie/psychotherapie/les-conduites-addictives


L'Allemagne envisage de légaliser le cannabis médical

Traduction d'un article d'Andrew Bowen, publié par Deutsche Welle le 18 août 2010. Lien en bas de page.


De hauts responsables politiques du gouvernement allemand se sont entendus sur des plans pour permettre les prescriptions de cannabis pour des patients gravement malades, selon une annonce faite par le ministère de la santé allemand.

S'adressant aux journalistes à Berlin ce mardi, le ministre de la Santé Philipp Roesler a dit que le plan pourrait être mis en application par un simple changement dans la politique du ministère, et qu'aucun changement dans la législation allemande ne serait nécessaire. 

Il a ajouté que, parce que de nombreux autres pays européens permettent déjà le cannabis médical, le processus pourrait, en Allemagne, aller plus rapidement par comparaison.

De nombreux professionnels de la santé considèrent le cannabis utile pour soulager les nausées et stimuler l'appétit chez les malades du SIDA, ou en chimiothérapie, et pour soulager les douleurs en général. Mais le cannabis médical a été dans les faits illégal en Allemagne, avec seulement 40 patients dans l'ensemble du pays ayant obtenu des prescriptions de cannabis.

Les professionnels de la santé et les défenseurs des personnes gravement malades se félicitent du changement, avec Eugen Brysch de la fondation allemande Hospice qui déclare que le cannabis peut jouer «un rôle important» dans le traitement des malades en situation critique.

«Parce qu'il est excessivement difficile d'obtenir du cannabis comme médicament, de nombreux patients souffrant de douleurs chroniques sont actuellement contraints à l'illégalité» , a-t-il dit.

Gerhard Mueller-Schwefe, président de la Société allemande pour la thérapie antidouleur, dit que le changement de politique va ouvrir de nouvelles options de traitement pour les patients atteints de maladies entrainant des douleurs chroniques comme la sclérose en plaques, et qu’«il est temps de sortir le cannabis de l'ombre.» 

«Le changement de politique va en outre permettre aux hospices et aux ambulances spécialisées d'utiliser certains anesthésiques puissants comme la morphine, et de stocker en conséquence pour les cas d'urgence.»



Article original: http://www.dw-world.de/dw/article/0,,5921523,00.html

Sir Ian Gilmore appelle à une révision des lois sur les stupéfiants

Traduction d'un article publié par BBC News le 17 août 2010. Lien en bas de page.

Sir Ian Gilmore, président sortant du Collège Royal de Médecine, déclare que la décriminalisation des drogues peut améliorer la santé publique et drastiquement réduire la criminalité.


[Grande-Bretagne] Sir Ian Gilmore a déclaré que les lois sur les drogues devraient être corrigées, et que l'approvisionnement de stupéfiants devrait être régulé.

Il dit avoir formé son opinion après avoir observé par lui même, chez ses patients, les problèmes causés par des seringues sales, et les problèmes causés par des drogues contaminées.

Le gouvernement a déclaré ne pas croire en cette approche.

Dans un e-mail de départ, envoyé aux 25,000 membres du Collège Royal de médecine, dans lequel Sir Ian dit avoir exprimé ses propres opinions plutôt que celles du Collège Royal, il écrit qu'il souhaite finir sa présidence sur une «note polémique.»

Il a soutenu un article récent du British Medical Journal, par Stephen Rolles du think tank Transform Drug Policy Foundation, dans lequel ce dernier argumente que la prohibition des stupéfiants nuis à la santé publique, encourage le crime organisé, et alimente la corruption.

Sir Ian a déclaré à la BBC: «Tous ceux qui ont regardé ce problème d'une manière sérieuse et soutenue concluent que la politique actuelle d'interdiction n'est pas une réussite.»

«Il existe des arguments très forts à revisiter.»

Sir Ian a dit qu'il avait un intérêt de longue date dans le sujet, issu de son travail en tant que spécialiste du foie.

«Chaque jour dans nos salles d'hôpital, nous voyons des toxicomanes atteints d'infections dues à des aiguilles sales, nous voyons les héroïnomanes avec des complications dues à des drogues contaminées,» dit-il.

Il fait valoir que nombre de problèmes observés par le personnel de santé ne sont pas les conséquences de l'héroïne, mais de son interdiction.

Dans son e-mail, Sir Ian écrit: «Je supporte personnellement le président du Conseil de l'Ordre des avocats du Royaume-Uni, Nicholas Green, QC, quand il appelle à un ré-examen des lois sur les drogues en vue de la dépénalisation des stupéfiants. Cela pourrait considérablement réduire la criminalité et améliorer la santé,» écrit-il.

Dans son récent rapport au Conseil de l'Ordre, M. Green a dit qu'il y a des preuves de plus en plus fortes que la dépénalisation de l'usage personnel de stupéfiants pourrait libérer des ressources de la police, réduire la criminalité et améliorer la santé publique.

M. Rolles - dont le récent article du BMJ a été cité par Sir Ian dans son e-mail - a déclaré à BBC Radio 4 que leurs arguments ont été construits sur «une critique de l'échec des 40 ou 50 dernière années».

Il déclare que le système pénal d'interdiction des stupéfiants produit des effets inverses à ses objectifs.

«L'interdiction n'a pas réduit la consommation de drogues, elle n'a pas diminué la disponibilité des stupéfiants, mais elle a créé toute une série de problèmes secondaires liés au marché illégal, y compris rendre les drogues plus dangereuses qu'elles ne sont déjà, l'interdiction des stupéfiants nuit à la santé publique, et alimente le crime.»

«Cela suscite un débat sur ce que les approches alternatives sont, et ce que nous demandons est l'offre et la production réglementée par la loi.»

«Ceux qui ont trouvé une telle proposition difficile à digérer besoin d'accepter la réalité concrète: la demande de stupéfiants existe toujours.»

«[Cette] demande sera satisfaite d'une manière ou d'une autre, et nous avons le choix - on peut soit laisser l'offre dans les mains des pires personnes possible - le marché illégal contrôlé par les profiteurs et les criminels - ou nous pouvons le contrôler par les autorités appropriées de façon à réduire les dommages que la drogue cause.»

Il appelle le gouvernement à examiner les preuves, et à évaluer la politique actuelle par rapport aux autres solutions, au lieu de suivre la politique traditionnelle «d'épater la galerie et prendre une posture morale qui a caractérisé la politique de la drogue au cours des dernières décennies.»

Dans un communiqué, le Collège Royal de Médecine a déclaré qu'un rapport commun, en 2000, avec le Collège Royal des Psychiatres avait appelé à un investissement beaucoup plus important dans la recherche et les programmes de traitement.

Le Collège Royal de Médecine a déclaré qu'il espérait passer en revue les conclusions du rapport sous son nouveau président, Sir Richard Thompson.

Un porte-parole du ministère de l'Intérieur a déclaré: «Les drogues comme l'héroïne, la cocaïne et le cannabis sont extrêmement dangereuses et peuvent causer des misères aux communautés à travers le pays. Le gouvernement ne croit pas que la décriminalisation est la bonne approche. Nos priorités sont claires: nous voulons réduire la consommation de drogues, lutter contre la criminalité liée à la drogue et le désordre et aider les toxicomanes à décrocher pour de bon.» [note: peu importe, semble-t-il, qu'aucun des objectifs annoncés n'ait jamais été approché par la prohibition des stupéfiants.]


Article original: http://www.bbc.co.uk/news/health-10990921


Autres liens dans cette page:  
An alternative to the war on drugs (British medical journal)
Collège Royal de Médecine (Wikipedia)


La guerre contre la drogue a échoué.

Traduction d'un article par Fernando Henrique Cardoso (président du Brésil de 1995 à 2002), César Gaviria (président de Colombie de 1990 à 1994), et Ernesto Zedillo (président du Mexique de 1994 à 2000.) Publié par le Wall Street Journal le 23 février 2009. Lien en bas de page.




La guerre contre la drogue a échoué. Et il est grand temps de remplacer une stratégie inefficace avec une politique des drogues plus humaine et plus efficace. Tel est le message central du rapport de la Commission latino-américaine sur les drogues et la démocratie, présenté au public récemment à Rio de Janeiro.

Les politiques prohibitionnistes fondées sur l'éradication, l'interdiction et la criminalisation de la consommation n'ont tout simplement pas fonctionné. La violence et la criminalité organisée liés au commerce de stupéfiants restent des problèmes critiques dans nos pays. L'Amérique latine reste le premier exportateur mondial de cocaïne et de cannabis, et est en passe de devenir un important fournisseur d'opium et d'héroïne. Aujourd'hui, nous sommes plus loin que jamais de l'objectif qu'est l'éradication de la drogue.

Au cours des 30 dernières années, la Colombie a mis en œuvre toutes les mesures envisageables pour lutter contre le trafic de drogue, dans un effort massif où les gains ne sont pas proportionnels aux ressources investies. Malgré les réalisations du pays, comme la diminution du niveau de la violence et de la criminalité, les domaines de la culture illégale de drogues sont de nouveau en expansion. Au Mexique - un autre épicentre du trafic de drogue - la violence liée aux stupéfiants a fait plus de 5000 victimes en 2008 (note: 7700 en 2009, et plus de 6700 à la mi 2010.)

Une révision des politiques de drogue d'inspiration américaine est urgente compte tenu de la montée de la violence et la corruption associée à la drogue. La puissance inquiétante des cartels de la drogue conduit à une criminalisation de la politique et la politisation du crime. Et la corruption du système judiciaire et politique sape les fondements de la démocratie dans plusieurs pays d'Amérique latine.

La première étape dans la recherche de solutions alternatives est de reconnaître les conséquences désastreuses des politiques actuelles. Ensuite, nous devons briser les tabous qui empêchent un débat public sur les drogues dans nos sociétés. les politiques anti-narcotiques sont fermement enracinées dans des préjugés et des craintes parfois disproportionnées par rapport à la réalité. L'association des drogues avec le crime pousse les usagers dans cercles ou ils sont d'autant plus exposés au crime organisé.

Afin de réduire considérablement les dommages causés par les stupéfiants, la solution à long terme est de réduire la demande de drogues dans les principaux pays consommateurs. Pour avancer dans cette direction, il est essentiel de différencier les substances illicites en fonction du préjudice qu'ils infligent à la santé des gens, et des dommages qu'elles causent au tissu social.

Dans cet esprit, nous proposons un changement de paradigme dans les politiques de drogues qui repose sur trois principes directeurs: Réduire les dommages causés par les drogues, diminution de la consommation de drogues par l'éducation, et lutte énergique contre la criminalité organisée. Pour traduire ce nouveau paradigme en actions nous devons commencer par changer le statut des toxicomanes, en faisant des acheteurs de drogue illégales des patients inclus dans le système de santé publique.

Nous proposons également l'évaluation minutieuse, d'un point de vue de santé publique, de la possibilité de décriminaliser la possession de cannabis pour usage personnel. Le cannabis est de loin la drogue la plus largement utilisée en Amérique latine, et nous reconnaissons que sa consommation a un impact négatif sur la santé. Mais les données empiriques disponibles montrent que les dangers causés par le cannabis sont semblables à des dommages causés par l'alcool ou le tabac.

Si nous voulons combattre efficacement la consommation de drogues, il faut regarder à la campagne contre la consommation de tabac. Le succès de cette campagne illustre l'efficacité des campagnes de prévention basées sur un langage clair et des arguments compatibles avec l'expérience individuelle. De même, les déclarations des anciens toxicomanes sur les dangers de la drogue sera bien plus convaincante auprès des utilisateurs actuels de menaces de répression ou d'exhortations vertueuses contre la drogue.

Ces campagnes de sensibilisation doivent être ciblées sur les jeunes, de loin le plus gros contingent des utilisateurs et des personnes tuées dans les guerres de la drogue. Les campagnes devraient aussi souligner la responsabilité de chacun dans la montée de la violence et de la corruption associée au commerce de stupéfiants. En traitant de la consommation comme une question de santé publique, nous allons permettre à la police de concentrer leurs efforts sur la question cruciale: la lutte contre la criminalité organisée.

Un nombre croissant de dirigeants politiques, civiques et culturels, constatant l'échec de notre politique actuelle envers les drogues, ont publiquement appelé à un changement politique majeur. La création d'une politiques alternative est la tâche de nombreux éducateurs, des professionnels de la santé, des chefs spirituels et des décideurs. La recherche dans chaque pays pour de nouvelles politiques doit être compatibles avec son histoire et sa culture. Mais pour être efficace, le nouveau paradigme doit se concentrer sur la santé et l'éducation - non à la répression.

La drogue est une menace qui transcende les frontières, c'est pourquoi l'Amérique latine doit établir un dialogue avec les États-Unis et l'Union européenne pour développer des alternatives viables à la guerre contre la drogue. Les États-Unis et l'Union européenne partagent la responsabilité des problèmes rencontrés par nos pays, car leurs marchés intérieurs sont les principaux consommateurs de la drogue produite en Amérique latine.

L'inauguration du président Barack Obama offre une occasion unique pour l'Amérique latine et les Etats-Unis de s'engager dans un dialogue de fond sur les questions d'intérêt commun, tels que la réduction de la consommation intérieure et le contrôle des ventes d'armes, notamment à travers la frontière américano-mexicaine. L'Amérique latine devraient également poursuivre le dialogue avec l'UE, demandant aux pays européens de renouveler leur engagement à la réduction de la consommation intérieure et l'apprentissage de leurs expériences à la réduction des risques pour la santé causés par les drogues.


Le temps est venu d'agir, et la solution réside dans le renforcement des partenariats pour faire face à un problème mondial qui nous affecte tous.


Article original: http://online.wsj.com/article/NA_WSJ_PUB:SB123535114271444981.html
Voir aussi:
http://librepardesign.blogspot.com/2010/08/penser-limpensable.html

Penser l'impensable.

Traduction d'un article de The Economist, 12 août 2010. Lien en bas de page.

Face à la lassitude à propos de la "guerre contre la drogue", Felipe Calderón appelle à un débat sur la légalisation.




LA «note rouge», une section qui rapporte les meurtres et accidents de la veille en détails sanglants, est une rubrique immuable des journaux mexicains. C'est aussi une rubrique en expansion, alors que les luttes au sujet du trafic de drogue vers les États-Unis inspirent des actes de violence sans cesse croissants. Le mois dernier dans l'état de Durango, au Nord, un groupe de prisonniers a été libéré une nuit pour aller tuer 18 personnes dans l'état voisin. Quelques jours plus tard, 14 prisonniers étaient assassinés dans une prison à Tamaulipas. En tout, depuis que Felipe Calderón a envoyé l'armée contre les gangs de la drogue (voir carte des cartels mexicains) il y a 4 ans, près de 28,000 personnes ont été tuées, d'après le gouvernement. Il n'y a aucun signe de répit d'un côté comme de l'autre.

Ce fut donc une surprise quand M. Calderón a appelé le 3 août à débattre de la légalisation. Bien que plusieurs anciens dirigeants latino-américains se soient prononcés en faveur de la légalisation, et que de nombreux politiciens la soutiennent en privé, M. Calderon est le premier président en fonction à appeler à un débat ouvert sur le bien-fondé de légaliser un commerce auquel il s'est opposé avec une grande détermination. Lors d'une table ronde sur la sécurité, il a dit que c'est «un débat de fond dans lequel je pense qu'il faut inclure une pluralité démocratique d'opinions... il faut analyser soigneusement les avantages et inconvénients, et les arguments de chaque coté.» Ce n'était pas un appel au laxisme—et Mr Calderón a indiqué clairement qu'il était opposé à l'idée «absurde» de permettre à des millions de gens de devenir dépendants. Mais cela a soulevé un argument qui semble prendre de l'importance au Mexique.

Le président a pris la parole en dépis de succès récents de la campagne militaire en cours, avec plusieurs chefs de la mafia tués ou capturés. Le dernier a été Ignacio Coronel, dont la mort le mois dernier lorsque l'armée a lancé un raid sur sa propriété est un point important pour le gouvernement qui avait été accusé d'être moins dur contre le cartel Sinaloa que contre les autres gangs. (Le mois dernier une voiture piégée pourrait avoir été placée par des trafiquants rivaux pour attirer les États-Unis dans le conflit.) Une demi-douzaine d'organismes publics sont censés être à la recherche de Joaquín «El Chapo» Guzmán, le patron de Sinaloa et trafiquant le plus notoire du pays. De hauts fonctionnaires prétendent au succès du renforcement de la police et de la mise au pas des gouverneurs récalcitrants.

Pourtant, les coups de pieds dans la fourmilière ont surtout causé des nouvelles luttes territoriales, et augmenté le nombre de victimes. À Cuernavaca, une jolie ville près de Mexico qui est populaire avec les étrangers apprenant l'espagnol, un baron de la drogue a été tué par l'armée en décembre. Depuis lors, une série de pendaisons autour de la périphérie de la ville a indiqué qu'une cruelle bataille de succession est en cours.

Beaucoup de Mexicains commencent à se lasser de l'horreur. Quatre jours après l'appel au débat prudent de M. Calderón, Vicente Fox, son prédécesseur en tant que président, a émis une plus franche demande pour la légalisation de la production, la vente et la distribution de toutes les drogues. La légalisation «ne signifie pas que les drogues sont bonnes... nous devons le voir comme une stratégie visant à frapper et casser les structures économiques qui permettent aux mafias de faire d'énormes profits, ce qui finance la corruption et leur permet d'augmenter leur pouvoir,» a-t-il écrit dans son blog. Ernesto Zedillo, le président du Mexique de 1994 à 2000, a dirigé l'année dernière un rapport avec deux autres anciens chefs d'États, Fernando Henrique Cardoso du Brésil et César Gaviria de Colombie, demandant la légalisation de la marijuana (c'est à dire du cannabis.) M. Cardoso a plus tard dit la même chose de la cocaïne. 

Il est plus facile d'être radical après que pendant un mandat. Comme président, Vincente Fox a cédé après les protestations de l'administration de George W. Bush contre ses tentatives de décriminaliser la possession de drogues. (En 2009 la possession de petites quantités de drogues a été décriminalisée au Mexique, un changement destiné à limiter le nombre d'occasions qu'a la police de demander des pots de vin.) Mais il est frappant de constater que tous ces anciens dirigeants sont des modérés, pas des idéalistes d'extrême gauche.

Certains, aux États-Unis, poussent maintenant dans la même direction. Les Californiens vont voter ce novembre sur la légalisation pour les adultes de la vente et de la consommation de cannabis (il est déjà légal de consommer et de vendre du cannabis pour des raisons médicales, parmi lesquelles des médecins libéraux incluent les migraines, insomnie, etc.) L'initiative peut échouer: des sondages montrent une opinion également partagée, et cela devrait passer l'examen par les autorités fédérales. Bien que l'administration de Barrack Obama a cessé de poursuivre les fournisseurs de cannabis médical, elle est opposée à la légalisation.

Mais si la proposition passe ces écueils, elle rendrait l'assaut du Mexique contre les trafiquants intenable, estime Jorge Castañeda, ancien ministre mexicain des affaires étrangères. «Comment continueriez-vous une guerre contre la drogue a Tijuana, si des magasins frontaliers vendent du cannabis?» demande-t-il.

Ce problème est connu des politiciens. Nexos, un magazine mexicain, a demandé à six prétendants possibles à la présidentielle de 2012 si le Mexique devrait légaliser le cannabis dans le cas ou la Californie l'aurait légalisé. L'un d'entre eux a répondu que non, quatre autres ont dit que oui, avec des réserves. Enrique Nieto, chef de file dans les sondages, déclare prudemment : «Nous devrions reconsidérer l'opinion de l'État Mexicain à ce sujet.»

Puisque le cannabis fournit aux cartels la moitié de leurs revenus, leur enlever la vente de ce produit changera l'équilibre économique de la guerre contre les drogues. Mais étrangement, en Californie l'un des groupes les plus opposés à la légalisation sont les Latinos.





Article original:
http://www.economist.com/node/16791730


Autres liens dans cette page:
http://librepardesign.blogspot.com/2010/08/la-guerre-contre-la-drogue-echoue.html